Les écoles d'art publiques

Les écoles d'art publiques

Ce texte est l’introduction écrite pour le « Répertoire des écoles supérieures d’art françaises » publié par l’ANDEA, Association nationale des directeurs d’écoles d’art et l’AFAA, Association française d’action artistique. Vous pouvez consulter ce répertoire dans tous les Espaces CampusFrance dans le monde, à l'AFAA à Paris ou le commander à la Documentation française.

Consultez aussi le site de l'ANDEA, www.andea.fr qui regroupe des informations sur les 57 écoles d'art relevant du ministère de la Culture, sur l'organisation des études et sur leurs débouchés.

 "Qu’est-ce qu’une école supérieure des beaux-arts ?" Cette question nous est posée presque tous les jours par des parents ou des lycéens tentés par les arts visuels et leurs métiers. La réponse est simple: il s’agit de ”hautes écoles” (comme on dit en Suisse romande) qui dispensent une formation de niveau universitaire, avec les diplômes nationaux en conséquence, pour tout ce qui concerne la création visuelle. Si pratiquement tous les artistes importants ont fréquenté une école d’art, celles-ci n’hébergent pas que des futurs artistes.

Pour la grande majorité des étudiants, l’intérêt d’une école des beaux-arts réside justement dans ce paradoxe : on y apprend toutes les techniques contemporaines et anciennes qui permettent de fabriquer des images ou des images en mouvement ; on y apprend à créer visuellement et à construire un projet cohérent, ce qui ouvre sur une multitude de métiers extrêmement divers, anciens et contemporains. On y apprend également tout ce que les artistes de toutes les époques ont pu inventer. On y croise des artistes d’aujourd’hui qui donnent sens au monde contemporain. Une école des beaux-arts est un être paradoxal : elle prépare les étudiants à de multiples voies professionnelles, mais elle représente également une occasion unique dans notre société de s’inventer une personnalité indépendante et de fréquenter d’une manière quotidienne des artistes et des œuvres majeures de son temps.

Il existe une deuxième question, tout aussi fréquente : « Comment fonctionnent les écoles d’art en France ? » Les collègues des autres pays ont souvent du mal à comprendre les écoles françaises. Pour des raisons historiques, celles-ci sont beaucoup  plus nombreuses que chez nos voisins : depuis les Lumières et le XIXe siècle, l’émancipation culturelle s’est jouée en province autour de ces nombreuses écoles d’art d’origine municipale, contrairement aux ”académies” d’origine monarchique des autres pays. Autre trait distinctif : les écoles françaises ont ”fait leur révolution” après 1968, abandonnant les structures académiques traditionnelles au profit d’un enseignement libre et individualisé issu des nombreuses écoles indépendantes qui, autour de Fernand Léger, André Lhote ou Henri Matisse avaient exercé un rôle déterminant pour l’invention et le développement de l’art moderne à Paris.

Les années 1970 ont ainsi apporté en France un effort réformateur unique. Depuis cette date, les 58 écoles supérieures des beaux-arts sont très diverses, défendant des idées de la création et des orientations pédagogiques parfois très différentes. Elles partagent un esprit généraliste, fondé sur une notion globale de l’art, très éloignée des genres et de la relation de maître à élève qui perdurent parfois ailleurs. L’étudiant travaille avec un nombre d’enseignants plus élevé que dans la plupart des autres pays, tandis que l’atout le plus important des écoles françaises est cette interconnexion entre les différents médias et supports d’expression au sein des études qui est dominant jusque dans la structure architecturale de la plupart des écoles du pays. Ce principe ”inter-média” est unique sur le plan international. Il rend les écoles françaises proches de la nouvelle ”civilisation des images” qui domine le XXIe siècle et ses métiers visuels et artistiques.

Aujourd’hui, l’arrivée de l’espace unique de l’enseignement supérieur en Europe en 2006 impose une réflexion, portant sur le système de validation, sur la formation et le statut des enseignants, ainsi que sur les objectifs pédagogiques et artistiques.

En même temps, un nombre impressionnant d’artistes déterminants de la création d’aujourd’hui sont issus du ”moule français”, comme il y a dix ans des écoles anglaises, soit d’une formation diplômante, soit d’un programme post-diplôme.

Ainsi, des jeunes artistes au rayonnement international comme Anri Sala, Philippe Parreno, Pierre Huyghe, Dominique Gonzalez-Foerster ou Bojan Sarcevic sont non seulement considérés aujourd’hui comme l’incarnation d’une intelligence ”très française” dans le domaine artistique et visuel. Mais leurs œuvres sont surtout directement liées à la culture spécifique des écoles françaises. Un artiste étranger, âgé de plus de 70 ans, me disait lors de sa première expérience d’enseignement dans une de ces écoles: ”Je n’ai jamais vu de gens aussi libres, indépendants et responsables”.

Robert Fleck
Hambourg, mai 2004